La société d'Habitation naît au 17ème siècle de l'installation permanente des européens. Elle voit apparaître en germe et se préciser les formes de rapports sociaux et les traits culturels caractérisant la société créole qui s'affirmera au cours du 19ème siècle.

La société d'Habitation rassemble des populations dont les rapports, souvent plus complexes que ce qu'une histoire conventionnelle laisse percevoir, viennent infléchir la stricte hiérarchie du système esclavagiste : les colons eux-mêmes ont des conditions de vie très diverses, et s'insèrent différemment dans l'économie et dans la société coloniale ; de même, à côté de la population des esclaves -dont le statut et le traitement sont différents selon leur travail sur l'Habitation- prend place à Cayenne le groupe des mulâtres et des noirs libres, qui constituent progressivement une microsociété dans laquelle on peut lire les prémisses de la culture créole.

 
Différents aspects de la culture qui se forme à la période de l'Habitation, période marquée par une dynamique double et ambiguë qui caractérise le processus de la créolisation, seront développés : affirmation d'une identité culturelle propre de la part de l'esclave ou du marron, et poids du système colonial, conduisant à rechercher l'assimilation culturelle qui peut ouvrir la voie à une ascension sociale.
Bi-polarité de la société d'Habitation

A la grande Habitation fonctionnant sur le modèle sucrier des Antilles, peu représentée en Guyane, s'oppose ici le modèle de la petite Habitation roucouyère, qui perpétue au cours du 18ème siècle le type d'établissement des premiers colons, exploitants souvent pauvres, dont les conditions de vie ne sont guère éloignées de celles des esclaves qu'ils font travailler.

Les fouilles de l'Habitation Poulain à Rémire montrent, sur trois générations, l'ascension sociale d'une famille d'exploitants, passant du statut de petit "habitant" à celui de grand propriétaire. Le niveau de consommation de cette famille, à différentes époques, et singulièrement la qualité de la céramique employée dans l'habitation, indicateurs d'un style de vie, illustrent cette bipolarisation socio-économique.

 

La vie sur une Habitation au 18ème siècle

Outre l'étude des structures architecturales et des témoins matériels de l'activité de l'exploitation, on cherchera à donner ici, à partir des fouilles de l'Habitation de Macaye et de la poterie Bergrave à Rémire, une vue synchronique de la microsociété que crée l'Habitation, et des rapports qui s'y établissent entre maîtres, esclaves et agents d'autorité intermédiaires.

Une donnée particulière de l'histoire de la colonisation en Guyane est la présence, dans les échanges de toute sorte, des populations amérindiennes installées à proximité des zones de colonisation. Cette section devrait faire apparaître ce point, en montrant par exemple la place que tiennent les Galibi dans le système des relations au sein de la colonie.

L'apogée et la fin de la société d'habitation

Cette période sera évoquée à travers les résultats des fouilles de l'habitation Vidal, grande exploitation sucrière au 19ème siècle, qui manifeste l'ultime transformation économique et sociale du système de l'habitation avant son déclin dans la seconde moitié du siècle.

 
 

 

La présentation du plan-relief de Cayenne au 18ème siècle sera surtout l'occasion d'évoquer la formation de la société et de la culture créole au cours des 18ème et 19ème siècles, qui puise aux sources africaines et européennes, et dans une moindre mesure, aux sources amérindiennes.
   
Cayenne et les gros bourgs ruraux de Guyane sont, tout au long de la période qui s'étend des lendemains de l'émancipation à l'entre-deux guerres, le creuset où a pris forme et s'est affirmée la culture créole que l'on connaît aujourd'hui.
   

L'or

L'épopée de l'or, qui marque un tournant décisif dans l'histoire de la Guyane créole, est largement représentée dans les collections à travers photographies, coupures de presse du "temps de l'or", romans, affiches de film, pour déboucher sur les rêveries contemporaines des "garimperos" brésiliens qui entendent se déplacer vers la Guyane, nouvel Eldorado...

           

Le Bagne

L'institution du Bagne est un élément important de la vie guyanaise de la fin du 19ème et des premières décennies du 20ème siècle, et constitue un enjeu dans l'imaginaire collectif et dans le système des représentations contemporaines sur la Guyane.

 

     
         

La culture créole

Grâce aux collections du MCG, il est possible d'évoquer, à travers ce qui serait une chronique du quotidien, la vie dans le Cayenne du début du siècle, et dans les bourgades rurales, donnant à comprendre les grands traits du fonctionnement de la société et de la culture créoles.

Plusieurs points peuvent être développés, montrant les hiérarchies sociales autour desquelles se forme l'histoire du groupe créole, et permettant une analyse des processus mêmes de la "créolisation" :

L'architecture créole (maison bourgeoise de ville, maison de commerce, petite maison de bourg, case rurale...), rendent compte d'une diversification des modes de vie, et permettent d'aborder l'articulation entre une culture citadine et une culture paysanne, fondement d'une dynamique qui marquera durablement l'espace social créole.

L'exemple du vêtement rend également sensible l'inscription sociale des hiérarchies à l'intérieur même des différentes composantes du groupe créole : "bourgeois et petites gens"...

Les exemples du mobilier et de la musique servent également d'illustrations pour montrer les processus de créolisation, formant progressivement une culture originale à partir d'une composition du fonds africain originel, de l'intégration des divers apports historiques, et d'une quête de l'assimilation à un modèle culturel européen dominant, dans une situation de type colonial.


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